La République dans l’impasse

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La victoire de Jean-François Copé dans la course à la présidence de l’UMP est à mon sens un événement politique qui m’inspire quelques réflexions.

C’est premièrement la manifestation du désir d’une partie des militants de l’UMP d’entendre des paroles fortes, qui portent sur des valeurs. Les références à la France, à la Nation, aux idéaux républicains montrent le refus d’une politique qui se réduit à la gestion et signifient une volonté de retrouver par la politique une transcendance collective. Jean-François Copé a gagné car il a axé sa campagne sur les valeurs identitaires de la droite par opposition à celles de la gauche. Il a gagné également car il a su faire preuve de panache et a mené une campagne tambour battant face à un adversaire qui, bien qu’ayant l’étoffe d’un homme d’Etat, est apparu plus distant des préoccupations des militants.

Cette campagne est aussi la confirmation que la « ligne Buisson » suivie par Sarkozy lors de la campagne présidentielle 2012 était la bonne. Buisson préconisait d’axer la campagne sur des thèmes identitaires, par nature clivants, et de ne pas se focaliser seulement sur les questions économiques et sociales, sur lesquelles la politique n’a plus réellement de prise. Le choix de diviser est donc assumé : encore faut-il être le plus grand diviseur commun.

François Fillon a essayé de rassembler en produisant un discours qui s’adresse à tous les français, mais n’a pas été entendu dans une période où le rejet de la politique de gauche par les militants de droite est très fort. Le discours républicain ne paie plus.

Ces constats m’invitent à penser que la République est désormais dans l’impasse : produire un discours républicain, rassembleur, rappeler que chacun des individus appartenant à la Nation est égal devant la loi ne fédère plus.

Aujourd’hui, dans un monde ouvert où les frontières n’en sont plus, la notion de peuple français, de communauté nationale, n’a plus réellement de sens. Invoquer la République « une et indivisible » est devenu un fétiche qui ne fait sens que pour une partie de l’électorat. Il faut désormais acter qu’avec le phénomène de l’immigration et des migrations, la très grande majorité des hommes d’aujourd’hui grandissent dans un environnement où ils ne sont pas nés, habitent dans un lieu où ils n’ont pas grandi, et travaillent là où ils n’habitent pas. Par conséquent l’Histoire de la France, ses racines, ses traditions, sa culture parlent de moins en moins. Ou plus précisément ne parlent qu’à des français « de souche », qui ne représentent désormais qu’une partie du peuple français. Je le déplore en tant que passionné par mon pays mais je pense que ce mouvement est inéluctable. Il faut admettre que la France est désormais plurielle, que la mondialisation fait naître des identités, collectives ou individuelles, nouvelles. Je pense que le discours républicain, qui s’adresse à des individus, abstraction faite de leur communauté, de leur histoire, de leur trajectoire, ne peut plus fédérer.

La vérité est qu’il y a plusieurs France, aux intérêts contradictoires. Pour Patrick Buisson, le peuple de France, silencieux, invisible, alors qu’il est véritable perdant de la mondialisation, se trouve dans les régions désaffectées de la Creuse, du Cantal et non dans les banlieues. Pour Gilles Kepel, auteur de Banlieues de la République, la France de demain est celle des banlieues. Les deux hommes se situent sur le même plan et découpent, qu’ils le veulent ou non, le peuple en communautés, alors qu’ils parent leurs discours d’oripeaux républicains.

Si la République aujourd’hui ne signifie plus grand-chose pour une majorité de français, c’est parce qu’elle n’est plus apte à endiguer ce qu’elle prétend combattre. La mondialisation fait émerger de multiples communautés qui revendiquent le droit d’exister, dans une société qui ne donne des droits qu’aux individus. Car si la République une et indivisible institutionnalise l’égalité de chacun devant la loi, elle relègue par corollaire toute communauté, toute identité autre qu’individuelle, dans la sphère privée. Et se forment alors des associations, des réseaux d’entraide au niveau local qui sont de fait plus producteurs de social que l’Etat. Ces associations, ces réseaux, ces communautés nouvelles (ethniques, culturelles etc.) relient plus les individus entre eux que le lien abstrait qui les unit à l’Etat. C’est pourquoi le discours jacobin qui tend à mater chaque communauté, chaque collectivité, n’est plus d’actualité. Il faut reconnaître des droits, déléguer des compétences à des communautés qui sont souvent les plus aptes que l’Etat à répondre au besoin de social.

Ainsi, pour produire un discours politique qui soit fédérateur, rassembleur, il semble désormais nécessaire de se lester d’un étatisme qui est un frein à l’émergence d’une démocratie participative, absolument nécessaire à la revivification de la vie politique française. Les obstacles sont nombreux : les mentalités ne sont pas prêtes, les français ayant tendance à tout attendre de l’Etat. De plus, il s’agit de bien penser cette démocratie « nouvelle » qui impliquerait les communautés : revendiquer sa différence n’est pas vouloir l’appliquer en norme. Il s’agit de faire coexister des différences sans qu’elles tendent à vouloir se substituer à d’autres.