La Terreur de l’an 13

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Aujourd’hui nous assistons à un dialogue de sourds entre les apôtres du Bien et ceux qu’ils auto-définissent comme ses contempteurs, entre Thuriféraires du Progrès et Réactionnaires Dépassés.

Le bien et le mal sont comme l’avers et le revers d’une même médaille. Ils sont indissociables l’un de l’autre, ils se supposent l’un l’autre. En niant que le mal est tapi dans l’ombre du bien, en niant que le mal est le revers du bien, est lié au bien, suppose le bien, en séparant le Bien et le Mal, en les rendant indépendants, absolument opposés, dé-liés, sécables, on crée l’illusion d’un débat, d’une dialectique, d’une métaphysique.

Poser le Bien comme allant de soi et ne supposant ni ne supportant pas la contradiction, comme n’étant pas la résultante d’un compromis voire de compromissions ni l’aboutissement d’un dialogue, poser le Bien comme Absolu, c’est créer le Mal Absolu, l’irruption d’une contre-offensive qui, comme celle qu’elle veut combattre, ne souffre pas la contradiction.

Penser en ces termes, agir en ces termes, c’est nier la possibilité du dialogue, d’un terreau d’entente. C’est évacuer le monde commun, réel, partagé, déjà-là, qui suppose cet affrontement car il est le lieu du langage, de différentes visées, du dialogue et de la différence qu’il peut atténuer, résorber temporairement ou au contraire aviver, mais jamais éradiquer.

Cette métaphysique entre le Bien et le Mal, entre Progressistes et Réactionnaires, est condamnée à jouer éternellement de ses pseudos contradictions.

En réalité, cette métaphysique est créée artificiellement par les Progressistes pour se dédouaner du réel, de la contradiction. Les autoproclamés Progressistes créent de toute pièce un adversaire factice, un Absolu convenable, un Mal idéal pour leur permettre de légitimer leur action. En criminalisant leur adversaire, en ne lui donnant aucune légitimité de penser, en se drapant dans les Bonnes Intentions du Bien, du Progrès et de son déploiement inéluctable, en faisant comme s’il y avait une fatalité là où il n’y a que choix et visions idéologiques, en ignorant parfois, même souvent, qu’ils pensent et agissent selon une idéologie, ils créent un monde Totalitaire. Un monde sans contradiction. Un monde où la pensée elle-même peine à se formuler, tant la propagande est martelée dans toutes les têtes. Un monde qui n’existe pas.

Et pour créer ce monde, cette illusion de monde, ils créent une illusion de contradiction, un Mal qui n’existe pas, car exister c’est être lié, relié, pris dans la même étoffe que tous les hommes. C’est jouir, sentir, partager, viser un monde commun. C’est penser différemment mais penser la même chose, le même monde, le même réel. Exister, c’est être relatif à. Ils créent un Mal qui n’existe pas car il est Absolu, sans lien, sans visée. Un mal composé d’Absolus : « Réactionnaires », « Homophobes », « Machistes », « Egalitophobes », termes Absolument Négatifs qui ne renvoient à rien, qu’ils ne relient à rien de concret, de tangible, de réel.

Alors qu’eux sont pour le Progrès, l’Homophilie, l’Egalité. Ils pensent en termes Absolument Positifs, en termes qui ne souffrent aucune négativité et criminalisent ceux qui émettent des nuances et essaient de leur faire comprendre qu’ils s’agit là d’une pensée totalitaire. Car il s’agit de la mort du langage, de la mort des mots qui se vident de leur contenu, perdent leur référent et se délestent de leur qualité de signe. Le Réel et l’Idée ne sont plus reliés, ne se répondent plus : la confusion intellectuelle est totale.

C’est voulu. Le matraquage incessant de mots qui ne sont plus reliés à rien, qui sont des Absolus lancés comme des évidences ou des anathèmes sont faits pour brouiller la pensée et éradiquer la contradiction, pour rendre la pensée inopérante à penser, à dire Non. Pour imposer un Égalitarisme qui n’est qu’un relativisme de la plus basse espèce. Pour déliter les liens et ne penser qu’en terme d’Individu : abstraction, Absolu par excellence.

Opposons-nous. Délivrons la pensée tenaillée entre leurs Absolus qui ne se répondent que selon une illusion de dialogue. Démystifions leur mystification perpétuelle et ayons la fierté d’apparaître à leurs yeux Réactionnaires, Homophobes ou Egalitophobes.

Opposons-nous, mais ne rentrons pas pieds joints dans la pseudo dialectique créée de toutes parts par ceux qui prétendent nous enrôler dans le Bien. Résistons à ce tour de force sans accepter les règles de leur jeu, qui sont vouées à les légitimer. Contentons nous de déconstruire pas à pas, de dévoiler petit à petit leur immense escroquerie, et répondons à leurs fulminantes anathèmes et grossiers amalgames par une fin de non recevoir. Car ces Absolutistes ont paradoxalement besoin de nous et sont liés à notre Refus, à notre Caricature de Refus.

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La République : liberté, égalité, sécurité

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La référence à la République dans les discours politiques se fait de plus en plus entendre, au risque parfois de ne plus vraiment se faire comprendre. Qu’est-ce qui sous-tend cette référence mille fois répétée dans les discours à l’heure où elle est acceptée par tous les partis politiques ? Y’a-t-il péril en la demeure ?

L’Histoire nous apprend que la République n’est pas allée de soi et qu’elle a combattu tour à tour deux ennemis gigantesques.

La République a d’abord combattu la Monarchie, qui a mis très longtemps à accepter les acquis révolutionnaires. Plusieurs fois la France aurait pu être une Monarchie constitutionnelle, plusieurs fois la Monarchie, qui avait les cartes en main, en a refusé le principe. Du Manifeste de Brunschvicg au refus du drapeau tricolore par Henri V, les monarchistes ont réfuté l’aspiration légitime à l’égalité et à la souveraineté du peuple. Leur légitimité venant de la tradition qui leur conférait le pouvoir selon un droit divin, ils n’ont pas accepté un pouvoir qui émanerait de la base, du peuple. Longtemps en France se sont affrontées deux sources de la souveraineté : divine et populaire. La fin du Second Empire et l’avènement de la Troisième République ont enterré les aspirations monarchistes, qui sont moins que minoritaires au XXIème siècle.

La République a combattu l’Eglise, qui a longtemps eu l’oreille du pouvoir, le Roi étant, nous l’avons dit, de droit divin. Opposant à un Dieu dont les « voies sont impénétrables » la Déesse Raison, la République contribue petit à petit à repousser le clergé au ban du privé : ce qui est de l’ordre de la croyance doit être respecté mais ne doit pas in-former la société. Seule la Raison, délestée de la croyance religieuse, peut contribuer au bien de tous. La République mène ainsi un âpre combat contre l’Eglise, notamment en ce qui concerne l’Instruction Publique (le clergé étant jusque là dépositaire du savoir et de l’enseignement), qui aboutit en 1905 au triomphe du principe laïque et à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

La République a donc mis plus d’un siècle pour voir ses principes triompher. Ses ennemis étaient de taille car elle s’opposait à près de mille cinq cents ans d’Histoire, de traditions, d’habitudes qui continuent aujourd’hui encore d’irriguer les mentalités françaises.

Mais à l’heure où ses principes ont triomphé partout, quels sont les ennemis de la République ? Où est le péril qui justifie l’inflation constante de la référence républicaine dans les discours politiques ?

Aujourd’hui, la plupart des hommes politiques se réfèrent à la République pour s’élever contre le communautarisme, alors que l’Etat subventionne des milliers d’associations qui se sont substitué à lui pour répondre au besoin de social qui s’exprime localement. S’ériger contre le communautarisme alors qu’on le finance en sous-main parce que l’Etat n’a plus les moyens de sa politique sociale devient inaudible et ne convainc personne.

Non, la République fait mouche lorsqu’elle s’oppose aux intégristes, menace réelle mais très difficile à identifier, mobile, fluide, anonyme. La République, maintien des libertés et de la sécurité de chacun, combat l’obscurantisme religieux et revêt ses plus beaux oripeaux pour chasser les fanatismes de tout genre. La référence à la République ne fait désormais sens que contre le terrorisme et l’intégrisme. C’est le symptôme d’un Etat qui ne trouve sa légitimité que dans le maintien d’un ordre, n’ayant plus aucune prise sur la décision économique, étant réduit à un rôle d’accompagnateur de la croissance.

La République française est donc passée de l’apport des libertés aux peuples d’Europe et du monde au maintien de la sécurité de la population française. Allons même plus loin : la menace terroriste, anonyme, planétaire, justifie la mise en place d’une surveillance totale selon le principe de précaution, qui va jusqu’à nier la liberté privée. Au nom d’une menace anonyme et très difficilement identifiable, la République nie d’une certaine façon ce qui a été à son fondement, sa légitimité. Face au terrorisme, l’état d’urgence est toujours décrété et la surveillance étendue. C’est pourquoi nous entendons le mot « République » si souvent, alors qu’elle n’a pas d’ennemis à visage découvert.

Nous entendons bien nous battre pour le maintien de la République et de ses principes face aux divers intégrismes, mais force est de constater que la République ne répond plus aux aspirations individuelles, n’est plus créatrice de sens. Le modèle républicain, apanage de l’identité française à travers le monde, croule sous la pression de la mondialisation et de ses conséquences identitaires. La France, la République française, n’assimile plus, car l’Etat n’a plus les moyens de ses ambitions et ne répond plus aux attentes des français. Le coma républicain oblige donc la France à se réinventer si elle veut se perpétuer comme forme, comme idée, comme culture, comme référence à travers le monde.