Pensées sur la France jetées en vrac

La France vit encore dans l’illusion d’une Nation souveraine.

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A la modernité politique a correspondu l’avènement de l’Etat-Nation, forme qui a remplacé petit à petit l’ordre féodal du Moyen-Age. La Nation se définissait par des frontières, qui la séparaient des autres nations, et structurait un peuple.

La modernité se dissipe tous les jours un peu plus : aux peuples se substituent des communautés, aux partis politiques des réseaux, aux Nations des territoires.

C’est ce qui explique la difficulté de tenir un discours national audible, rassembleur.

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« Tout l’effort de la modernité avait consisté à substituer un lien politique unique à la diversité des liens sociaux et culturels » (Alain de Benoist).

La postmodernité politique, période dont nous vivons les prémisses, nous invite à voir que ce lien politique unique se délite au profit d’une résurgence des liens sociaux et culturels.

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Maudire les conséquences dont on chérit les causes. Cet adage de Bossuet pourrait s’appliquer à la majorité des commentateurs de l’actualité, qui ne cessent de constater le malaise et le profond désarroi de la France, mais qui sont incapables de sortir du cadre qui les provoque.

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Le vrai changement consiste pour la France à s’adapter au monde qui change.

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La France a-t-elle encore assez confiance en elle pour se sortir de la tutelle jacobine ?

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Peut-on à la fois être souverainiste, c’est-à-dire refuser la constitution d’une Europe politique, et déplorer les effets dévastateurs de la mondialisation et de la logique du capital ?

En d’autres termes, peut-on refuser l’Europe et se lamenter des effets négatifs d’une mondialisation qui n’adviennent que par l’absence d’une politique fédérale ?

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Pris en tenaille entre le haut (mondialisation des problèmes, émergence d’acteurs globaux comme les multinationales) et le bas (besoin de démocratie locale, concurrence entre les territoires), le pouvoir de l’Etat-Nation est voué à se réduire comme peau de chagrin. Seule l’Europe, seule une véritable fédération européenne, peut endiguer la marchandisation du monde et le déploiement unilatéral de l’idéologie ultralibérale américaine. Seule l’Europe véritablement constituée peut se porter garante d’un monde pluriel.

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La France est-elle capable de devenir fédérale ? Cela signifierait que le peuple soit capable de se réapproprier son destin, qu’il a laissé depuis 30 ans à des dirigeants qu’il a élus, mais qui ont déçu. Cependant le problème ne réside pas dans les personnes, mais dans les institutions. Le prochain grand dirigeant français sera celui qui aura compris qu’il faut que les français se réapproprient leur destin. Mais en ont-ils envie ?

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La France, une car unique, est une fiction qui ne marche plus. Le modèle républicain n’assimile plus : toutes ses institutions entrent en crise les unes après les autres.

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La France ne disparaîtra jamais. Ceux qui poussent des cris d’orfraie à l’évocation de l’effondrement de la France éternelle au contact du fédéralisme restent enfermés dans une nostalgie d’un passé idéalisé, sans voir que le monde bouge, et que la cause de la souffrance de la France réside dans son immobilisme, dans son incapacité à accepter le changement.

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La France n’est pas son Etat jacobin. Elle est avant tout une mosaïque de peuples ayant appris à vivre ensemble. Elle est par nature diverse, plurielle. Elle est plusieurs identités régionales fortes. Elle est un pays à la géographie complexe. Elle est une confluence de peuples.

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Qui peut croire encore en un parti politique qui rassemblerait les français, à l’heure où le lien politique unique rattachant les français à l’Etat se délite inéluctablement ? La cause n’est pas à chercher du côté des hommes ou des partis politiques, mais dans des institutions qui ne fonctionnent plus. Les français ne doivent plus se reposer sur leurs hommes politiques, mais doivent se réapproprier le politique.

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Du jacobinisme au principe de subsidiarité

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Le jacobinisme est la centralisation à l’extrême du pouvoir. La France est l’exemple le plus patent d’un pays où le pouvoir central a toujours été très fort. Historiquement, cette prédominance du pouvoir central s’explique par l’extrême fragilité des débuts de la monarchie qui a du s’imposer aux puissantes féodalités parfois félonnes pour les soumettre à l’intérêt général du pays. Philippe le Bel, Louis XI puis Richelieu et enfin Louis XIV ont incarné avec force l’Etat, garant de l’intérêt général face aux intérêts particuliers régionaux. Puis la Révolution et les jacobins, loin d’être révolutionnaires sur le plan administratif, ont parachevé cette œuvre. Dans un monde dont l’Histoire était celle des Nations, qui, rappelons la définition de Régis Debray, étaient des « des frontières, un peuple et une transcendance », l’Etat centralisateur a joué un grand rôle d’unification pour le pays.

Mais aujourd’hui, quand les frontières n’en sont plus, faisant disparaître du même coup l’homogénéité des peuples, et que la transcendance a disparu, quel rôle l’Etat peut-il jouer ? La centralisation a-t-elle encore un sens ?

Il n’est pas besoin de démontrer que la centralisation s’accompagne d’un déficit démocratique. Quand les décisions viennent du haut et se propagent vers le bas, le peuple a le sentiment de ne pas être consulté. Ses représentants, loin d’incarner la volonté générale, ne sont en fait que les délégués de représentés qui ne se sentent pas écoutés. Quand Sarkozy fait ratifier le Traité de Lisbonne par les députés alors que le projet de Constitution européenne avait été rejeté deux ans plus tôt par les français, quand François Hollande refuse de donner la parole aux français sur un sujet aussi crucial que le mariage pour tous, la décision politique est confisquée par un système qui s’auto-entretient en rejetant au ban toute politique alternative. Le système politique actuel ne supporte plus de contradictions et la démocratie s’en trouve par conséquent fortement affaiblie.

Toutes les mesures de décentralisation ne changeront rien. Car l’idée reste la même : la décision centrale est déléguée à une autorité régionale. Le centre se désiste de certaines compétences mais la décision vient toujours du haut et l’initiative ne vient jamais d’en bas.

Pour faire revivre la démocratie, il faut faire partir la décision du bas et la faire remonter vers le haut : c’est le principe de subsidiarité. La décision se prend à l’échelon le plus petit mais est transmise à l’échelon supérieur quand le problème dépasse les compétences de l’échelon inférieur. Ainsi la décision remonte progressivement jusqu’à l’échelon le plus haut. C’est le principe qui est au cœur du fédéralisme. Et c’est ce que l’Europe doit mettre en place, si elle veut être une véritable fédération, .

Or nous constatons aujourd’hui que l’Europe se construit sur un principe jacobin, dans un déni total de démocratie dans la mesure où les directives qui orientent la majorité des décisions des Etats membres sont prises par des personnes qui ne sont pas responsables politiquement.

Mais l’Europe, construction qui se veut supranationale, ne pourra se construire qu’avec les peuples, jamais sans. Elle doit intéresser les peuples si elle veut être pérenne. Alors que le désir de se sentir européen est fort, les peuples buttent face à un système technocratique qu’ils voient comme le responsable de tous leurs maux. C’est à l’Europe de mettre en place un véritable fédéralisme qui seul peut porter une vraie démocratie, et non de se construire selon un principe jacobin, froid, distant et arrogant.

La France, elle, devra choisir : rester dans un système jacobin où l’Etat, loin d’incarner purement l’intérêt général, est plutôt l’otage de sa bureaucratie, ou accepter d’évoluer vers un modèle plus démocratique, a-centralisé, qui n’est pas au cœur de sa tradition historique et requiert une autre manière de penser.

L’Europe à la croisée des chemins

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Face à la situation que nous sommes en train de vivre, nous allons avoir deux choix : un retour à la souveraineté des Etats où le passage à un vrai fédéralisme européen, qui soit politique. En lieu et place d’une oligarchie bruxelloise nommée et non élue se tiendra un gouvernement responsable politiquement devant ses citoyens : l’Europe sera politique ou ne sera pas.

Nous ne pouvons plus vivre dans ces sociétés aseptisées où la décision politique n’a pas de visage et où la démocratie ne se nourrit que d’un consensus qui n’est jamais remis en cause. Une société où règne le consensus, où tout doit être fait pour que le consensus soit atteint, est une société morte, une démocratie exsangue. La démocratie se nourrit de conflits et ne survit qu’en les intégrant. Une démocratie vivante n’étouffe pas les conflits à la racine et ne prône pas le consensus comme sa valeur cardinale.

Si l’Europe ne le comprend pas, elle mourra. Elle mourra de son inaction. Elle mourra de ses dogmes, de son inaptitude à s’adapter à une mondialisation où tout le monde s’arrange avec les dogmes. Si l’Europe ne devient pas politique et ne prend pas la mesure de la crise sociale qui touche l’ensemble des pays du Sud en déployant une immense politique de relance pour encourager la croissance, alors elle mourra. Car seule la croissance permettra de réduire les dettes et les déficits, de créer des emplois et de réduire le chômage. Et seule l’Europe peut promouvoir une politique de croissance, une politique de la relance car elle ne butte pas sur la contrainte extérieure (la quasi-totalité des échanges en Europe sont entre pays européens).

La sortie de la crise se fera soit par un dépassement des Etats dans un véritable fédéralisme politique qui puisse prendre les décisions qui s’imposent, soit par un retour à la souveraineté des Etats.

Pourquoi l’Europe ?

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En réfléchissant sur l’actualité italienne, il m’est venu la question suivante : pourquoi l’Europe ? Quand tant de mesures politiques draconiennes se justifient au nom de l’Europe et sont commentées ou retoquées par des technocrates non élus mais nommés, le réflexe naturel est de haïr la cause, où ce qu’on nous désigne comme la cause, de tous nos maux.

Pourquoi l’Europe ?

Si je veux l’Europe, si je suis européen, c’est d’abord parce que je pense que les pays européens ont plus de convergences que de divergences et que dans le monde actuel, il est nécessaire qu’ils s’allient et surmontent leurs différends.

Si je veux l’Europe, c’est que je veux que sa voix porte. Une voix nuancée, garante du pluralisme, de la diversité des cultures, une Europe qui aura appris de son Histoire et ne tentera pas d’imposer unilatéralement son modèle, comme elle a tenté de le faire auparavant.

Une Europe solidaire du modèle américain mais qui sache lui dire non, qui sache opposer un refus catégorique à la politique extérieure américaine quand celle-ci répand la terreur au nom des Droits de l’Homme. Une Europe qui serait la garante d’un monde pluriel, multipolaire, et empêcherait à tout prix le clash des civilisations, qui n’est que la rhétorique de la frange néoconservatrice américaine pour répandre son idéologie sur le monde. Une Europe qui se serait donc démarquée de la face noire des Droits de l’Homme qu’elle a pourtant engendrés, qui consiste à croire que chaque homme est le même, indépendamment de son histoire, de son lieu de naissance, de sa civilisation et qu’il doit être ainsi assujetti à la démocratie à l’occidentale, et ce quel qu’en soit le coût.

Le temps est venu que cette Europe là s’affirme, et s’affirme d’abord contre les Etats-Unis, qui la voient désormais d’un mauvais œil après l’avoir encouragée. L’Europe a son mot à dire sur la scène internationale. La prédominance de la politique extérieure américaine n’est pas une fatalité. Unie, ne l’oublions pas, l’Europe est la première puissance mondiale.

Le chemin est long, très long pour y parvenir. Ma vision est d’ailleurs certainement utopique. Mais l’Europe et ses citoyens ne peuvent se dispenser d’une telle réflexion. A la vitesse à laquelle se succèdent les événements dramatiques, on ne peut plus éluder ce questionnement fondamental. L’Europe a besoin de sens et de vie. Elle reste un magnifique projet, mais qui doit être totalement repensé. Bâtir le plus grand marché commun du monde n’apporte aucun sens. Exporter fièrement un matérialisme où une consommation démente s’exhibe comme le plus haut degré de la liberté est absurde, et rebutant. L’Europe doit être capable de se penser, de revenir puiser dans ses racines pour ne pas se haïr et échapper à ce présent mortifère…

L’avertissement italien

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Le résultat des élections italiennes est sans appel : la classe politico-médiatique au pouvoir est totalement discréditée. En faisant du Mouvement 5 Etoiles le premier parti politique transalpin et en portant Silivio Berlusconi bien plus haut que les média ne le voulaient, les italiens ont voulu adresser un message ferme.

Les différentes politiques d’austérité, le sang, la sueur et les larmes promis par Monti n’ont eu pour conséquence que d’aggraver le chômage et de précipiter la récession. L’échec de Monti, c’est l’échec de l’Union Européenne qui promeut la rigueur mais n’apporte aucun cap, aucune solution palpable. C’est l’échec du « toujours plus d’Europe », ultime justification à toute mesure promulguée mais qui ne s’accompagne jamais de la question politique pourtant fondamentale : « Quelle Europe veut-on ? ».

Quelle Europe veut-on ?

Une Europe qui ne soit qu’un marché commun qui respecte à la lettre les principes édictés par l’OMC, quitte à se faire prendre ses marchés publics par des entreprises étrangères et à perdre ses emplois ? Ou une Europe qui assume enfin que les autres acteurs de la mondialisation trichent au libéralisme en subventionnant à tout va, en réservant leurs marchés publics et en régulant drastiquement leur immigration ? Une Europe de la concurrence ou une Europe qui se donne les moyens d’une véritable politique industrielle ?

Quelle Europe veut-on ?

Une Europe-passoire ou une Europe qui protège et qui s’assume politiquement en fixant un cap clair ?

Une Europe où la décision descend du beffroi bruxellois jusqu’aux confins de ses provinces ou une Europe où les provinces remontent progressivement la décision jusqu’à l’échelon le plus apte à la prendre ?

En d’autres termes, une Europe qui s’organise de haut en bas, selon un principe jacobin, en niant toutes ses particularités locales ou une Europe qui s’organise de la base au sommet, selon le principe de subsidiarité ?

Une Europe gouvernée par des élites non élues ou une Europe responsable sur le plan politique et porteuse ainsi d’un véritable projet de civilisation ?

Quelle Europe veut-on ?

L’avertissement italien est clair, net et doit être audible : il faut plus de politique, plus de vérité. Il faut un cap et de la considération, de l’écoute. L’Europe n’est pas une fin en soi, elle fut et reste une volonté des peuples.

Haro sur l’euro !

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L’euro est-il LE coupable ?

Les fermetures d’usine se multiplient et on entend renaître les critiques qui se font de plus en plus virulentes contre l’euro, qui serait responsable de tous les maux.

Oui, l’euro est trop fort. Il est la monnaie qui sied le plus à l’Allemagne, à son modèle économique, à sa trajectoire démographique.

L’Allemagne a tourné son modèle économique vers l’exportation. Elle exporte des produits de qualité haut de gamme qu’elle vend à une clientèle internationale très aisée qui n’est pas très sensible au prix. Un riche industriel chinois achètera une voiture allemande. Que son prix subisse des variations d’un à deux mille euros importe peu.

L’euro est fort car l’Allemagne est un pays vieillissant, à la démographie en berne. Les retraités allemands, qui épargnent, ne veulent pas d’une dévaluation qui dévaluerait par là même la valeur réelle de leur pension. Ils souhaitent ainsi une inflation régulée, maitrisée, qui leur permette de jouir des intérêts réels que leur rapportent leurs placements. Dévaluer, baisser la valeur de l’euro, ce serait autant de placements perdus. Provoquer de l’inflation, pour diminuer par exemple le coût réel de la dette pour les pays très endettés, diminuerait l’intérêt réel perçu par les épargnants, qui parient sur le différentiel positif de leur taux de placement avec le taux d’inflation. Les retraités allemands sont donc contre la dévaluation et contre l’inflation.

Or, dans beaucoup d’usines, dans beaucoup d’industries, notamment en France, un euro fort pénalise l’exportation. Contrairement à l’Allemagne, la France n’est pas positionné exclusivement sur le haut de gamme, et ses exportations dépendent pour une part importante de l’appréciation de l’euro sur le marché des monnaies. A l’heure où le dollar, le yen et la livre sterling se dévaluent par rapport à l’euro, l’euro est trop fort, trop apprécié par rapport aux principales monnaies mondiales pour que les exportations des pays de la zone euro soient compétitives. L’euro est trop fort pour des industries fragiles, en perte de vitesse, très sensibles au prix.

Mais doit-on tout rejeter sur le dos de l’euro ? Ce qui se passe à Aulnay actuellement, ce qui se passe malheureusement dans nombre d’usines en France, relève-t-il exclusivement d’un euro trop fort ?

Beaucoup d’entreprises françaises ont manqué le coche de la mondialisation, et n’ont pas su délocaliser à temps ni s’adresser à une nouvelle clientèle. La mondialisation est impitoyable, mais elle est inéluctable. Tout le monde le sait, tout le monde le sent. C’est pourquoi la diatribe contre la mondialisation de notre Ministre du Redressement productif qui proposait de « démondialiser le monde » prête à sourire.  Refuser d’acter son principe, de s’adresser à de nouveaux marchés émergents, bref, d’anticiper l’avenir, là est le crime. PSA n’a pas su s’atteler un partenaire d’envergure qui lui permette de s’engager sur les nouveaux marchés mondiaux. PSA n’a pas su s’adapter à la concurrence mondiale ni se positionner sur le bas de gamme ou sur le haut de gamme. PSA a continué à fabriquer des voitures moyen de gamme, comme la C3, qui souffrent cruellement de la concurrence mondiale.

La responsabilité principale des fermetures d’usine n’incombe pas à l’euro, mais bien à des entreprises qui n’ont pas su prendre les virages nécessaires à l’heure d’une économie mondialisée, où tout est en concurrence. Certes, un euro plus faible ne serait pas malvenu pour des entreprises dont les produits sont très sensibles au prix. Mais il  resterait une aide d’appoint qui ne peut dispenser l’industrie française d’une profonde réflexion sur la réorientation de la gamme de ses produits. C’est ce à quoi doivent s’atteler en priorité les Ministres de l’Economie et du Redressement productif. Ils doivent bien sûr parer au plus presser et tenter de sauver ce qu’il est possible de sauver. Mais ils doivent surtout préparer une ré-industrialisation nécessaire et intelligente qui prenne en compte les avantages et les désavantages comparatifs de la France désormais indissociables, faut-il le rappeler, de ceux de l’Europe.

Plaidoyer d’un individu saugrenu pour une Europe politique

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Le débat politique actuel élude complètement, obscurcit totalement ce qui apparaît comme la solution à bien des maux contemporains.

D’un côté, les pourfendeurs du libéralisme sociétal, ceux pour qui libéralisme signifie disparition des liens entre les hommes au profit du culte de l’Argent Roi, insistent sur le rôle néfaste de la mondialisation dans ce processus.

La mondialisation, en faisant sauter toutes les barrières qui retenaient le culte de l’Argent Roi (la Nation, la Famille etc.) doit être combattue par tous les moyens, quitte à renforcer un système qui s’essouffle en redistributions de toutes sortes. Etatistes, ils veulent conserver un Etat qu’ils considèrent comme le seul rempart contre une mondialisation dévastatrice des identités, un Etat qui seul porterait le sens de l’intérêt général, un Etat à sauvegarder coûte que coûte donc, quitte à imposer un impôt confiscatoire et à détruire toute volonté d’entreprendre.

Le raisonnement tiendrait debout si l’Etat était encore le garant de l’intérêt général. Or il est désormais flagrant qu’il est aux mains de syndicats de fonctionnaires dont la mainmise sur les partis politiques est quasi totale. L’Etat est aujourd’hui otage d’intérêts particuliers, de castes de plus en plus puissantes de fonctionnaires qui n’ont pour seul but que de sauver ce qui leur reste de prébendes au nom de l’intérêt général. L’Etat n’incarne plus l’intérêt général, il est la somme d’intérêts particuliers contradictoires qui ne forment pas un tout, qui ne font pas Société.

De l’autre, nous avons des libéraux assumés pour qui l’Individu est le début et la fin de tout. Ils assument l’éclatement de sociétés fondées sur des liens entravant la Liberté et veulent accélérer cet éclatement en éradiquant tout ce qui est de l’ordre de la Tradition, de la culture traditionnelle. L’Individu est Roi, il doit être le maître de ses choix, de sa vie, de son avenir, et tout ce qui entrave cette liberté en marche doit être mis au ban d’un présent qui ne peut se bâtir que contre un monde révolu, contre un passé honni. Ces libéraux assument la politique comme un moindre mal, un minimum nécessaire pour mettre de l’ordre mais dont le but est d’accompagner la marche triomphale de l’Individu délesté de toute contrainte : ils pensent que tout doit résulter de l’Individu et que la vie et son pseudo-mystère, que le sexe et son orientation factice, que tout donné sur lesquels ils n’ont pas prise est un déterminisme contre lequel on ne peut que s’ériger.

Force est de constater que ces libéraux sont en train de gagner la partie, que toute politique est aujourd’hui impuissante face au déferlement de la mondialisation et de son cortège de revendications individuelles.

Que faire alors pour l’Individu, pris au hasard, qui aurait l’idée saugrenue de penser que le libéralisme économique est une bonne chose, mais que la destruction de tout ce qui fait référence, de tout ce qui fait lien, de tout ce qui fait repère, bref, de tout ce qui fait Société en est une mauvaise ?

Que lui dire, que lui proposer ?

Une France qui devrait recouvrer tous ses attributs, sortir de l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, en arguant que la construction européenne est vouée à l’échec car rien ne peut transcender l’identité nationale, certainement par une identité européenne ? Une France, qui, selon le Général de Gaulle, est la France éternelle, celle qui quoiqu’il arrive se remettra debout et assumera sa mission divine jusqu’aux confins de la Terre ? Une France souveraine dans ses institutions, même si au moindre coup de vent tout risque de s’envoler ?

Tout risque de s’envoler ? Supprimons les marchés ! Supprimons le Marché ! Indignons-nous contre cette mondialisation sans cœur et sa froide logique économique ! Refusons là ! Démondialisons le monde ! L’Indignation est le prémisse de bien des choses, l’Histoire ne se fait pas sans les hommes ! En avant, marche ! Mais conservons nos passeports et notre droit au Tourisme, et laissons l’immigration se faire, car nous sommes la patrie des Droits de l’Homme…

Cet Individu décidément saugrenu répondrait que la France seule ne pourrait pas grand-chose face à la mondialisation. Que l’Etat français, que son modèle social chéri est aujourd’hui dépendant d’investisseurs étrangers et qu’il n’est financé que par endettement. Qu’il est alors important d’avoir une monnaie comme l’euro pour se prémunir des fluctuations du dollar et du yen.

Mais qu’il est important d’envisager une protection. Une protection à un certain niveau, qui permette d’imposer ce qui ressemble à une social-démocratie qui tienne debout. Un modèle qui tienne compte de la nécessité du marché, des bienfaits du marché, tout en essayant d’endiguer ses conséquences néfastes. Une protection qui ne soit pas seulement une protection, défensive, mais la proue d’un certain modèle de civilisation, un certain équilibre entre la liberté et l’égalité, entre le Tout libéral et le Communisme. Entre la glorification de l’initiative individuelle, l’aide aux créateurs, et l’organisation d’une société qui soit vraiment une Société, qui forme un tout contre le culte de l’argent déchaîné et considère, ô idée révolutionnaire, la famille comme la cellule de base de la société…

L’Individu en question est donc sans le savoir pour une Europe politique, vraiment politique. Une Europe qui se considère peu ou prou comme une social-démocratie, car composée de pays plus ou moins sociaux-démocrates. Une Europe qui refuse l’Amérique qui pour se désendetter choisit d’abord de couper dans le budget aux plus démunis pour ensuite obtenir de ses plus riches concitoyens la concession de s’aligner sur la tranche d’impôts payés par la classe moyenne…Une Europe qui a toujours glorifié l’initiative individuelle et les créateurs mais qui a toujours refusé de lâcher les brides à l’Individu, prélude à la guerre de tous contre tous. Une Europe qui cependant se refuse à l’assistanat abusif qui entretient l’individu dans un état de dépendance vis-à-vis de l’Etat et qui, mal calibré, l’enterre au lieu de l’aider.

Un individu saugrenu, vous dis-je…