La France et la mondialisation

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La France doit s’adapter au monde qui change. Elle doit prendre en compte la mondialisation et s’y adapter coûte que coûte si elle ne veut pas disparaître lentement mais sûrement de la scène politique internationale. Pour cela, elle doit se repenser en profondeur.

La mondialisation est un processus englobant qui n’admet pas d’alternative. C’est un mouvement inéluctable qui se déploie indépendamment de toute idéologie, de tout discours qui s’élève pour l’endiguer. Une guerre est en jeu entre des pays qui vont accéder inéluctablement à la prospérité économique et d’autres qui voient leurs parts de marché s’amenuir. La France doit s’adapter à cette guerre économique ou mourir sous tutelle du FMI.

La France est victime de ses querelles idéologiques, qui ont toujours pris le pas sur un pragmatisme considéré comme un renoncement. En faisant émerger des acteurs globaux comme les multinationales, la mondialisation relègue au second rang l’influence des Etats, qui ne sont plus les principaux acteurs de l’économie comme autrefois, lorsqu’il avait fallu reconstruire après la guerre.

Après avoir été acteurs, ils doivent devenir metteurs en scène. Ils doivent définir les règles du jeu, accompagner, favoriser l’émergence d’acteurs nouveaux. Ils doivent faire la part belle à l’initiative individuelle qui seule est suffisamment réactive pour répondre au besoin de plus en plus pressant d’innovation.

La France, par son histoire, surtout récente,  s’est trop reposée sur son Etat. Les français vont devoir apprendre à vivre sans et à évoluer dans un monde qui prône haut et fort les valeurs de liberté et de responsabilité. L’Etat ne jouira désormais que des prérogatives auxquelles il sera seul à même de répondre. Les associations, les communes, les départements, les régions, l’Europe le suppléeront ou le remplaceront dans la prise de décision lorsqu’il ne sera pas l’échelon le plus adapté pour y répondre. La souveraineté de la décision sera ainsi exercée par l’échelon le plus compétent et ne découlera plus automatiquement d’un Etat jacobin, dont la légitimité, rappelons-le, trouve sa source dans l’absolutisme royal (nécessaire à l’époque pour unir les provinces).

La France doit donc profondément changer de mentalité. Elle a d’immenses atouts, notamment une jeunesse très bien armée pour affronter la mondialisation, mais sa classe politique reste étatiste et jacobine et retarde ainsi une mue qui sera inéluctable.

Favoriser l’initiative individuelle, exalter la responsabilité : des raisons pour considérer le monde qui vient comme une opportunité et non seulement comme une menace !

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Haro sur l’euro !

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L’euro est-il LE coupable ?

Les fermetures d’usine se multiplient et on entend renaître les critiques qui se font de plus en plus virulentes contre l’euro, qui serait responsable de tous les maux.

Oui, l’euro est trop fort. Il est la monnaie qui sied le plus à l’Allemagne, à son modèle économique, à sa trajectoire démographique.

L’Allemagne a tourné son modèle économique vers l’exportation. Elle exporte des produits de qualité haut de gamme qu’elle vend à une clientèle internationale très aisée qui n’est pas très sensible au prix. Un riche industriel chinois achètera une voiture allemande. Que son prix subisse des variations d’un à deux mille euros importe peu.

L’euro est fort car l’Allemagne est un pays vieillissant, à la démographie en berne. Les retraités allemands, qui épargnent, ne veulent pas d’une dévaluation qui dévaluerait par là même la valeur réelle de leur pension. Ils souhaitent ainsi une inflation régulée, maitrisée, qui leur permette de jouir des intérêts réels que leur rapportent leurs placements. Dévaluer, baisser la valeur de l’euro, ce serait autant de placements perdus. Provoquer de l’inflation, pour diminuer par exemple le coût réel de la dette pour les pays très endettés, diminuerait l’intérêt réel perçu par les épargnants, qui parient sur le différentiel positif de leur taux de placement avec le taux d’inflation. Les retraités allemands sont donc contre la dévaluation et contre l’inflation.

Or, dans beaucoup d’usines, dans beaucoup d’industries, notamment en France, un euro fort pénalise l’exportation. Contrairement à l’Allemagne, la France n’est pas positionné exclusivement sur le haut de gamme, et ses exportations dépendent pour une part importante de l’appréciation de l’euro sur le marché des monnaies. A l’heure où le dollar, le yen et la livre sterling se dévaluent par rapport à l’euro, l’euro est trop fort, trop apprécié par rapport aux principales monnaies mondiales pour que les exportations des pays de la zone euro soient compétitives. L’euro est trop fort pour des industries fragiles, en perte de vitesse, très sensibles au prix.

Mais doit-on tout rejeter sur le dos de l’euro ? Ce qui se passe à Aulnay actuellement, ce qui se passe malheureusement dans nombre d’usines en France, relève-t-il exclusivement d’un euro trop fort ?

Beaucoup d’entreprises françaises ont manqué le coche de la mondialisation, et n’ont pas su délocaliser à temps ni s’adresser à une nouvelle clientèle. La mondialisation est impitoyable, mais elle est inéluctable. Tout le monde le sait, tout le monde le sent. C’est pourquoi la diatribe contre la mondialisation de notre Ministre du Redressement productif qui proposait de « démondialiser le monde » prête à sourire.  Refuser d’acter son principe, de s’adresser à de nouveaux marchés émergents, bref, d’anticiper l’avenir, là est le crime. PSA n’a pas su s’atteler un partenaire d’envergure qui lui permette de s’engager sur les nouveaux marchés mondiaux. PSA n’a pas su s’adapter à la concurrence mondiale ni se positionner sur le bas de gamme ou sur le haut de gamme. PSA a continué à fabriquer des voitures moyen de gamme, comme la C3, qui souffrent cruellement de la concurrence mondiale.

La responsabilité principale des fermetures d’usine n’incombe pas à l’euro, mais bien à des entreprises qui n’ont pas su prendre les virages nécessaires à l’heure d’une économie mondialisée, où tout est en concurrence. Certes, un euro plus faible ne serait pas malvenu pour des entreprises dont les produits sont très sensibles au prix. Mais il  resterait une aide d’appoint qui ne peut dispenser l’industrie française d’une profonde réflexion sur la réorientation de la gamme de ses produits. C’est ce à quoi doivent s’atteler en priorité les Ministres de l’Economie et du Redressement productif. Ils doivent bien sûr parer au plus presser et tenter de sauver ce qu’il est possible de sauver. Mais ils doivent surtout préparer une ré-industrialisation nécessaire et intelligente qui prenne en compte les avantages et les désavantages comparatifs de la France désormais indissociables, faut-il le rappeler, de ceux de l’Europe.

L’Europe, inéluctablement

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Le traité européen dit traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance (TSCG), qui va très probablement être voté par l’Assemblée Nationale, suscite de vifs débats.

Plusieurs arguments sont avancés par ses opposants, d’ordre politique et économique.

Premièrement, la France, par ce traité, entérine sa perte de souveraineté et sera pieds et mains liées à l’Europe. Le traité, en fixant à tous les Etats membres des objectifs économiques et budgétaires à atteindre, enlève de facto toute latitude aux Parlements nationaux, qui héritent à peine d’un droit de remontrance, comme sous l’Ancien Régime. Bruxelles décide, Paris exécute.

Deuxièmement, ce traité, par les objectifs qu’il affiche (à savoir 0,5% de déficit structurel et réduction de la dette à un montant inférieur à 60% du PIB) et les amendes infligées par la Cour de Justice Européenne en cas où ils ne seraient pas atteints (à hauteur de 0,1% du PIB), pousse certains économistes à dire que l’euro va tuer l’Europe. Le gouvernement économique européen qui se fait jour, tel qu’il aurait du prendre place dès Maastricht, impose des contraintes fortes sur les budgets nationaux et réduit drastiquement les marges de manœuvre des Etats, à l’heure où une relance est peut être nécessaire. Selon plusieurs économistes, ce traité va asphyxier encore plus les  économies européennes pour sauvegarder une monnaie unique qui n’était pas viable dès sa construction, car ne s’appliquant pas sur une zone monétaire optimale.

Le débat fait rage mais bien malin qui pourra prévoir avec certitude la fin de l’euro.

Quoiqu’il arrive, si la France devait sortir de l’euro, elle ne devrait pas s’en réjouir, car l’idée de l’Europe en prendrait un coup. Nous défendons ici l’impérieuse nécessité de la formation d’une véritable fédération européenne, qui soit démocratique (au sens participatif du terme et non seulement représentatif). Dans la perspective d’un monde qui se réorganise en grands blocs, en aires civilisationnelles, il est impératif que l’Europe puisse parler d’une voix forte pour participer à l’histoire du monde. Les Etats seuls, la France, l’Allemagne ne pèseront plus rien dans trente à cinquante ans sur la scène internationale alors qu’une Europe unie peut assurer un leadership fort et faire entendre sa voix, en tant que première puissance mondiale.