Du jacobinisme au principe de subsidiarité

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Le jacobinisme est la centralisation à l’extrême du pouvoir. La France est l’exemple le plus patent d’un pays où le pouvoir central a toujours été très fort. Historiquement, cette prédominance du pouvoir central s’explique par l’extrême fragilité des débuts de la monarchie qui a du s’imposer aux puissantes féodalités parfois félonnes pour les soumettre à l’intérêt général du pays. Philippe le Bel, Louis XI puis Richelieu et enfin Louis XIV ont incarné avec force l’Etat, garant de l’intérêt général face aux intérêts particuliers régionaux. Puis la Révolution et les jacobins, loin d’être révolutionnaires sur le plan administratif, ont parachevé cette œuvre. Dans un monde dont l’Histoire était celle des Nations, qui, rappelons la définition de Régis Debray, étaient des « des frontières, un peuple et une transcendance », l’Etat centralisateur a joué un grand rôle d’unification pour le pays.

Mais aujourd’hui, quand les frontières n’en sont plus, faisant disparaître du même coup l’homogénéité des peuples, et que la transcendance a disparu, quel rôle l’Etat peut-il jouer ? La centralisation a-t-elle encore un sens ?

Il n’est pas besoin de démontrer que la centralisation s’accompagne d’un déficit démocratique. Quand les décisions viennent du haut et se propagent vers le bas, le peuple a le sentiment de ne pas être consulté. Ses représentants, loin d’incarner la volonté générale, ne sont en fait que les délégués de représentés qui ne se sentent pas écoutés. Quand Sarkozy fait ratifier le Traité de Lisbonne par les députés alors que le projet de Constitution européenne avait été rejeté deux ans plus tôt par les français, quand François Hollande refuse de donner la parole aux français sur un sujet aussi crucial que le mariage pour tous, la décision politique est confisquée par un système qui s’auto-entretient en rejetant au ban toute politique alternative. Le système politique actuel ne supporte plus de contradictions et la démocratie s’en trouve par conséquent fortement affaiblie.

Toutes les mesures de décentralisation ne changeront rien. Car l’idée reste la même : la décision centrale est déléguée à une autorité régionale. Le centre se désiste de certaines compétences mais la décision vient toujours du haut et l’initiative ne vient jamais d’en bas.

Pour faire revivre la démocratie, il faut faire partir la décision du bas et la faire remonter vers le haut : c’est le principe de subsidiarité. La décision se prend à l’échelon le plus petit mais est transmise à l’échelon supérieur quand le problème dépasse les compétences de l’échelon inférieur. Ainsi la décision remonte progressivement jusqu’à l’échelon le plus haut. C’est le principe qui est au cœur du fédéralisme. Et c’est ce que l’Europe doit mettre en place, si elle veut être une véritable fédération, .

Or nous constatons aujourd’hui que l’Europe se construit sur un principe jacobin, dans un déni total de démocratie dans la mesure où les directives qui orientent la majorité des décisions des Etats membres sont prises par des personnes qui ne sont pas responsables politiquement.

Mais l’Europe, construction qui se veut supranationale, ne pourra se construire qu’avec les peuples, jamais sans. Elle doit intéresser les peuples si elle veut être pérenne. Alors que le désir de se sentir européen est fort, les peuples buttent face à un système technocratique qu’ils voient comme le responsable de tous leurs maux. C’est à l’Europe de mettre en place un véritable fédéralisme qui seul peut porter une vraie démocratie, et non de se construire selon un principe jacobin, froid, distant et arrogant.

La France, elle, devra choisir : rester dans un système jacobin où l’Etat, loin d’incarner purement l’intérêt général, est plutôt l’otage de sa bureaucratie, ou accepter d’évoluer vers un modèle plus démocratique, a-centralisé, qui n’est pas au cœur de sa tradition historique et requiert une autre manière de penser.

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2 réflexions au sujet de « Du jacobinisme au principe de subsidiarité »

  1. Sur le fond, rien à redire sur votre démonstration. Mais comment basculer du jacobinisme à la subsidiarité ? Hormis une révolution. Et encore…. Jacobins nous sommes, jacobins nous resterons.

    • Bonjour,

      Oui, la France est à des années lumière de ce principe. Mais l’échec de l’Etat jacobin, son impuissance à répondre au besoin de social comme à anticiper et juguler des problèmes qui se posent mondialement vont peut-être amener les français à se rendre compte qu’il faut changer de modèle.

      Je pense que pour basculer du jacobinisme au principe de subsidiarité il faut d’abord demander au peuple de se prononcer sur une Europe qui a ce principe en son coeur.

      Mais le chemin semble long, très long. Espérons que la force des choses accélère un peu une prise de conscience qui me semble nécessaire…

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