Haro sur l’euro !

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L’euro est-il LE coupable ?

Les fermetures d’usine se multiplient et on entend renaître les critiques qui se font de plus en plus virulentes contre l’euro, qui serait responsable de tous les maux.

Oui, l’euro est trop fort. Il est la monnaie qui sied le plus à l’Allemagne, à son modèle économique, à sa trajectoire démographique.

L’Allemagne a tourné son modèle économique vers l’exportation. Elle exporte des produits de qualité haut de gamme qu’elle vend à une clientèle internationale très aisée qui n’est pas très sensible au prix. Un riche industriel chinois achètera une voiture allemande. Que son prix subisse des variations d’un à deux mille euros importe peu.

L’euro est fort car l’Allemagne est un pays vieillissant, à la démographie en berne. Les retraités allemands, qui épargnent, ne veulent pas d’une dévaluation qui dévaluerait par là même la valeur réelle de leur pension. Ils souhaitent ainsi une inflation régulée, maitrisée, qui leur permette de jouir des intérêts réels que leur rapportent leurs placements. Dévaluer, baisser la valeur de l’euro, ce serait autant de placements perdus. Provoquer de l’inflation, pour diminuer par exemple le coût réel de la dette pour les pays très endettés, diminuerait l’intérêt réel perçu par les épargnants, qui parient sur le différentiel positif de leur taux de placement avec le taux d’inflation. Les retraités allemands sont donc contre la dévaluation et contre l’inflation.

Or, dans beaucoup d’usines, dans beaucoup d’industries, notamment en France, un euro fort pénalise l’exportation. Contrairement à l’Allemagne, la France n’est pas positionné exclusivement sur le haut de gamme, et ses exportations dépendent pour une part importante de l’appréciation de l’euro sur le marché des monnaies. A l’heure où le dollar, le yen et la livre sterling se dévaluent par rapport à l’euro, l’euro est trop fort, trop apprécié par rapport aux principales monnaies mondiales pour que les exportations des pays de la zone euro soient compétitives. L’euro est trop fort pour des industries fragiles, en perte de vitesse, très sensibles au prix.

Mais doit-on tout rejeter sur le dos de l’euro ? Ce qui se passe à Aulnay actuellement, ce qui se passe malheureusement dans nombre d’usines en France, relève-t-il exclusivement d’un euro trop fort ?

Beaucoup d’entreprises françaises ont manqué le coche de la mondialisation, et n’ont pas su délocaliser à temps ni s’adresser à une nouvelle clientèle. La mondialisation est impitoyable, mais elle est inéluctable. Tout le monde le sait, tout le monde le sent. C’est pourquoi la diatribe contre la mondialisation de notre Ministre du Redressement productif qui proposait de « démondialiser le monde » prête à sourire.  Refuser d’acter son principe, de s’adresser à de nouveaux marchés émergents, bref, d’anticiper l’avenir, là est le crime. PSA n’a pas su s’atteler un partenaire d’envergure qui lui permette de s’engager sur les nouveaux marchés mondiaux. PSA n’a pas su s’adapter à la concurrence mondiale ni se positionner sur le bas de gamme ou sur le haut de gamme. PSA a continué à fabriquer des voitures moyen de gamme, comme la C3, qui souffrent cruellement de la concurrence mondiale.

La responsabilité principale des fermetures d’usine n’incombe pas à l’euro, mais bien à des entreprises qui n’ont pas su prendre les virages nécessaires à l’heure d’une économie mondialisée, où tout est en concurrence. Certes, un euro plus faible ne serait pas malvenu pour des entreprises dont les produits sont très sensibles au prix. Mais il  resterait une aide d’appoint qui ne peut dispenser l’industrie française d’une profonde réflexion sur la réorientation de la gamme de ses produits. C’est ce à quoi doivent s’atteler en priorité les Ministres de l’Economie et du Redressement productif. Ils doivent bien sûr parer au plus presser et tenter de sauver ce qu’il est possible de sauver. Mais ils doivent surtout préparer une ré-industrialisation nécessaire et intelligente qui prenne en compte les avantages et les désavantages comparatifs de la France désormais indissociables, faut-il le rappeler, de ceux de l’Europe.

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