Le plus sauvage d’entre tous, de Martin Ritt (1963)

ImageDans le Texas rural et viril du début des années 60, Homer Bannon (Melvyn Douglas), son fils Hud (Paul Newman) et son petit-fils Lon (Brandon de Wilde) possèdent et entretiennent un ranch, sous le regard bienveillant de la bonne, Alma (Patricia Neal). Mais au moment où la fièvre aphteuse s’instille dans le troupeau de vaches, rendant leur mort inéluctable, deux attitudes, deux Amériques, deux mondes vont s’affronter violemment…

Pour Hud, il faut vendre le troupeau avant que le vétérinaire de l’Etat ne le déclare contaminé, au risque de provoquer une épidémie mortifère. Dans une époque malhonnête, l’honnêteté ne paie plus. Quand personne ne respecte plus la règle, respecter la règle revient à courir l’échine courbée au devant de l’abattoir, au moment même où un coup de rein est nécessaire.

Homer, lui, s’y refuse. Le travail ne vaut que s’il repose sur quelque chose de concret, de tangible, d’utile. Homme de principes, dur à la peine, incarnation du capitalisme agricole et moral, il s’oppose catégoriquement à la vision de son fils qui veut revendre le troupeau pour investir dans des champs de pétrole.

Au milieu de son grand-père, qu’il respecte, et de son oncle, qu’il admire, Lon peine à penser par lui-même. S’il se sent très proche de son grand-père par les principes qu’il personnifie, il est subjugué par le cran et l’assurance de Hud sans pour autant déceler son cynisme et son égoïsme.

Car Hud ne vit que pour lui-même et ne respecte rien si ce n’est ses propres désirs. Alcoolique, bagarreur, hommes à femmes, il est toujours en quête de ce qui lui résiste pour éprouver sa virilité. Insoumis solitaire, il refuse de s’inféoder à la loi d’un père qui lui reproche constamment son attitude désinvolte et la mort de son frère, le père de Lon.

Hud incarne une Amérique nouvelle, qui désire jouir des fruits de son travail et refuse l’austérité de la morale protestante. L’argent, facile à gagner, devient déconnecté de la valeur que lui assignaient ses pères. La terre que l’on sème et que l’on cultive à la sueur de son front devient un objet d’exploitation que l’on fore pour en extraire les richesses. Le capitalisme agricole laisse place au capitalisme industriel. Homer est le dernier représentant de ces hommes qui cajolent et sanctifient la Terre, cette mère généreuse qui regorge d’infinies richesses. Tout le contraire de Hud pour qui l’effort, s’il ne rapporte pas un gain immédiat, consommable, consumable, n’a aucune valeur en soi.

« Comment un homme comme moi peut-il avoir un fils comme toi ? » interroge durement Homer. Ou comment de la cuisse d’une Amérique agricole et puritaine est né un capitalisme déchaîné où règnent l’argent et l’appât du gain. Western magnifique où pointe la mélancolie, Le plus sauvage d’entre tous nous immerge dans cette époque charnière où l’Amérique mue et transforme le monde en arraisonnant la Terre. Paul Newman est éblouissant en fils révolté contre la figure du Commandeur incarnée par Melvyn Douglas, qui recevra l’Oscar du meilleur second rôle. Patricia Neal, quant à elle, apaise par la grâce de son jeu et la douceur de ses traits ce monde viril et obtiendra l’Oscar de la meilleure actrice.

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