Un taxi mauve, de Yves Boisset (1977)

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Le film est une adaptation du roman homonyme de Michel Déon, sorti en 1973. 

Philippe Marchal (Philippe Noiret) vit reclus dans un petit village irlandais, pour oublier la mort de son fils. Se repaissant du silence grandiose des paysages de Galway et du Connemara, il chasse de temps en temps avec Jerry (Edward Albert), le cadet d’une famille de milliardaires américains, exilé par sa famille sur la terre de ses ancêtres après un drame amoureux. Rien ne trouble ces existences solitaires au quotidien toujours recommencé avant l’arrivée de Sharon (Charlotte Rampling), la sœur ainée de Jerry et Princesse de Hanovre, qui vient rendre visite à son frère pendant une semaine. Etonnée par la prescience de Taubelman (Peter Ustinov), un châtelain excentrique qui semble tout connaître sur son passé, elle entraîne Marchal dans une enquête pour savoir qui se cache derrière ce russe grossier et alcoolique, qui cloître en son château celle qu’il dit être sa fille, Anne (Agostina Belli).

L’Irlande sert de cadre à un film splendide, où la solitude et la mélancolie des personnages résonnent dans des paysages magnifiquement austères. Ils se retrouvent dans ce petit village près de Shannon, imprégné des traditions pluriséculaires irlandaises, composé de demeures éparses reliées par de longs chemins de pierre. Rongés de secrets, de doutes, d’angoisses, ils forment néanmoins une compagnie non dénuée d’humour, que viennent compléter le malicieux docteur Scully (Fred Astaire) et son taxi mauve.

L’arrivée de Sharon constitue la brèche qui fissure ces personnalités silencieuses et opaques. Joueuse, séductrice, toujours dans le « temporaire », Sharon semble échapper à cette fatalité et trouve la gravité qui lui manquait en Marchal, qui n’arrive pas à se lester du poids de la mort de son fils. Jerry tombe progressivement sous le charme d’Anne, la fille de Taubelman, qui ne parle plus depuis trois ans mais se délivre petit à petit de l’emprise de son père en rencontrant Marchal. Taubelman, lui, ne supporte pas cet éloignement qui signifie l’écroulement du monde qu’il s’est bâti.

Tous en fuite ou en quête d’eux-mêmes, les différents personnages recherchent la sérénité d’une Nature religieuse. L’Irlande se donne dans sa plénitude à ces âmes blessées et offre une halte salvatrice. Lorsque ces vies tumultueuses vocifèrent leur inquiétude, elles ne trouvent comme écho que le calme assourdissant du Connemara. L’Irlande, terre d’asile, préfigure ici le « grand départ » qui attend tous les hommes. Eternelle et majestueuse, elle est l’occasion d’un retour vers l’essentiel. Philippe Marchal comprend qu’il ne sert à rien de ressasser indéfiniment la mort d’un fils qu’il ne retrouvera pas. Loin d’être un film sombre et austère, Un taxi mauve est une ode à la vie. Boisset dirige avec maestria de très grands acteurs et nous offre une œuvre juste, profondément humaine et…irlandaise.

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