La République : liberté, égalité, sécurité

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La référence à la République dans les discours politiques se fait de plus en plus entendre, au risque parfois de ne plus vraiment se faire comprendre. Qu’est-ce qui sous-tend cette référence mille fois répétée dans les discours à l’heure où elle est acceptée par tous les partis politiques ? Y’a-t-il péril en la demeure ?

L’Histoire nous apprend que la République n’est pas allée de soi et qu’elle a combattu tour à tour deux ennemis gigantesques.

La République a d’abord combattu la Monarchie, qui a mis très longtemps à accepter les acquis révolutionnaires. Plusieurs fois la France aurait pu être une Monarchie constitutionnelle, plusieurs fois la Monarchie, qui avait les cartes en main, en a refusé le principe. Du Manifeste de Brunschvicg au refus du drapeau tricolore par Henri V, les monarchistes ont réfuté l’aspiration légitime à l’égalité et à la souveraineté du peuple. Leur légitimité venant de la tradition qui leur conférait le pouvoir selon un droit divin, ils n’ont pas accepté un pouvoir qui émanerait de la base, du peuple. Longtemps en France se sont affrontées deux sources de la souveraineté : divine et populaire. La fin du Second Empire et l’avènement de la Troisième République ont enterré les aspirations monarchistes, qui sont moins que minoritaires au XXIème siècle.

La République a combattu l’Eglise, qui a longtemps eu l’oreille du pouvoir, le Roi étant, nous l’avons dit, de droit divin. Opposant à un Dieu dont les « voies sont impénétrables » la Déesse Raison, la République contribue petit à petit à repousser le clergé au ban du privé : ce qui est de l’ordre de la croyance doit être respecté mais ne doit pas in-former la société. Seule la Raison, délestée de la croyance religieuse, peut contribuer au bien de tous. La République mène ainsi un âpre combat contre l’Eglise, notamment en ce qui concerne l’Instruction Publique (le clergé étant jusque là dépositaire du savoir et de l’enseignement), qui aboutit en 1905 au triomphe du principe laïque et à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

La République a donc mis plus d’un siècle pour voir ses principes triompher. Ses ennemis étaient de taille car elle s’opposait à près de mille cinq cents ans d’Histoire, de traditions, d’habitudes qui continuent aujourd’hui encore d’irriguer les mentalités françaises.

Mais à l’heure où ses principes ont triomphé partout, quels sont les ennemis de la République ? Où est le péril qui justifie l’inflation constante de la référence républicaine dans les discours politiques ?

Aujourd’hui, la plupart des hommes politiques se réfèrent à la République pour s’élever contre le communautarisme, alors que l’Etat subventionne des milliers d’associations qui se sont substitué à lui pour répondre au besoin de social qui s’exprime localement. S’ériger contre le communautarisme alors qu’on le finance en sous-main parce que l’Etat n’a plus les moyens de sa politique sociale devient inaudible et ne convainc personne.

Non, la République fait mouche lorsqu’elle s’oppose aux intégristes, menace réelle mais très difficile à identifier, mobile, fluide, anonyme. La République, maintien des libertés et de la sécurité de chacun, combat l’obscurantisme religieux et revêt ses plus beaux oripeaux pour chasser les fanatismes de tout genre. La référence à la République ne fait désormais sens que contre le terrorisme et l’intégrisme. C’est le symptôme d’un Etat qui ne trouve sa légitimité que dans le maintien d’un ordre, n’ayant plus aucune prise sur la décision économique, étant réduit à un rôle d’accompagnateur de la croissance.

La République française est donc passée de l’apport des libertés aux peuples d’Europe et du monde au maintien de la sécurité de la population française. Allons même plus loin : la menace terroriste, anonyme, planétaire, justifie la mise en place d’une surveillance totale selon le principe de précaution, qui va jusqu’à nier la liberté privée. Au nom d’une menace anonyme et très difficilement identifiable, la République nie d’une certaine façon ce qui a été à son fondement, sa légitimité. Face au terrorisme, l’état d’urgence est toujours décrété et la surveillance étendue. C’est pourquoi nous entendons le mot « République » si souvent, alors qu’elle n’a pas d’ennemis à visage découvert.

Nous entendons bien nous battre pour le maintien de la République et de ses principes face aux divers intégrismes, mais force est de constater que la République ne répond plus aux aspirations individuelles, n’est plus créatrice de sens. Le modèle républicain, apanage de l’identité française à travers le monde, croule sous la pression de la mondialisation et de ses conséquences identitaires. La France, la République française, n’assimile plus, car l’Etat n’a plus les moyens de ses ambitions et ne répond plus aux attentes des français. Le coma républicain oblige donc la France à se réinventer si elle veut se perpétuer comme forme, comme idée, comme culture, comme référence à travers le monde.

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