Petites réflexions sur le communautarisme

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Le communautarisme est considéré aujourd’hui par nombre d’hommes politiques comme un mal, en tant que contraire aux principes républicains. La République française, une et indivisible, ne peut tolérer la prise en compte et la reconnaissance de communautés infranationales.

Cette position s’inscrit dans la droite ligne de l’histoire française.

Chacun le sait, les principes révolutionnaires se sont imposés en niant les identités locales et régionales qui composaient alors la France. Le français devint la seule langue administrative autorisée, au détriment du breton ou du basque, et les sensibilités locales ont été combattues au nom de la supériorité des principes révolutionnaires, qui ne pouvaient supporter les irrédentismes infranationaux. Centralisatrice à l’extrême, la révolution jacobine ne reconnaissait comme seule communauté viable que la communauté nationale. La Nation était la seule communauté qui précédait l’individu et lui permettait de s’affirmer : en cela l’individu devait tout à la Nation, et seulement à la Nation.

La France fut jacobine bien avant les jacobins : le jacobinisme n’est pas né à la Révolution. Tout au long de son histoire, la monarchie française a assuré son pouvoir en niant le pouvoir des féodalités. Dès Philippe le Bel, l’Etat central est le bras séculier d’un pouvoir qui s’incarne dans la personne du Roi. La mise en place de l’impôt, prélevé par les intendants du royaume, ancêtres des fonctionnaires, en est l’exemple le plus flagrant. L’absolutisme royal est ainsi l’aboutissement du processus de concentration du pouvoir entre les mains du Roi et de son Etat, au détriment des corps intermédiaires.

En ce sens, la Révolution française est la pure continuation de l’absolutisme royal. Le Roi a été remplacé par une entité désincarnée, la Nation, mais qui jouit de la même transcendance : on est mort à Valmy pour la Nation comme on mourait autrefois pour le Roi.

C’est donc dans la tradition française, qui remonte à l’Ancien Régime et se perpétue dans la politique jacobine, de s’opposer à la reconnaissance à l’existence des communautés locales, vues comme obstacles à la constitution d’une communauté nationale.

Mais aujourd’hui, la France en a-t-elle les moyens ? A-t-elle la possibilité de s’opposer, d’endiguer ce mouvement communautaire ? N’oppose-t-elle pas les fétiches républicains à une réalité qu’elle est bien incapable de combattre ? En un mot, est-elle si souveraine qu’elle le prétend ?

Aujourd’hui, le pouvoir étatique se réduit comme peau de chagrin. Les Etats européens ne sont plus maîtres de leur territoire, qui est remodelé par la mondialisation de l’économie et les flux migratoires qu’elle entraîne. Les frontières ont disparu pour laisser place à la libre circulation des personnes et des biens. Depuis 1989 et la reconnaissance par le Conseil d’Etat des traités européens, le droit national est désormais inférieur dans la hiérarchie des normes au droit communautaire. On voit donc mal en quoi ceux qui veulent endiguer le communautarisme, c’est-à-dire les aspirations de minorités culturelles, religieuses, ethniques etc. à se différencier volontairement, peuvent le faire.

L’Etat ne peut plus rien : il est désormais urgent d’organiser la souveraineté perdue au niveau national à l’échelon continental. Invoquer tous les maux provoqués par la mondialisation et les marchés en refusant de mettre en place un système capable de les réguler revient à aggraver ce qu’on dénonce ou, selon le mot de Bossuet, à  « maudire les conséquences dont on chérit les causes ».

La France n’est plus souveraine dans le sens où elle n’a pas les moyens de mettre en application ce qu’elle énonce. Il est indispensable de mettre en place un système qui, s’articulant sur le principe de subsidiarité, permette d’organiser le continent européen de la base jusqu’au sommet. Pour cela, il faudra bien un jour ou l’autre reconnaître les communautés en tant qu’entités autonomes sur un territoire…

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