A nos amours, de Maurice Pialat (1983)

Image

Suzanne (Sandrine Bonnaire) a seize ans mais ne croit pas à l’amour. Elle se donne facilement à des garçons qu’elle choisit, par goût pour la chose, ce qui lui fait oublier les malheurs de la vie quotidienne : une mère rendue hystérique par le départ d’un père (Maurice Pialat), qui a abandonné le foyer familial.

De Pialat il n’y a rien à dire. Refusant tous les artifices, il hait le cinéma de ces metteurs en scènes qui lèchent leurs dialogues et leurs cadrages pour arrondir leur œuvre. A des années lumières d’un cinéma qui se prend pour objet, il revient aux Lumière, lorsque celui-ci balbutiait à peine. Il nous fait redécouvrir cette invention merveilleuse qu’est la caméra, capable d’enfermer pour l’éternité le jaillissement miraculeux de la vie et de le projeter sur l’écran, pour le plus grand ébahissement du spectateur.

Pialat filme la vie. Chacun tente de la vivre à sa façon, et fait avec. Avec les autres, avec sa famille, avec son père, sa mère, son frère. Avec le cadre qui lui a été imposé mais qu’il peut choisir d’adopter, de modeler ou tout simplement de briser, à ses risques et périls. Il s’agit de ne pas étouffer, de respirer à son rythme, sans se laisser happer par les inspirations des uns, auxquelles succèdent toujours des expirations malheureuses. Il s’agit d’écouter son cœur et d’épouser son souffle, de se couler dans le cours des choses, de vivre tout en s’étonnant de ce miracle qu’est la vie.

A nos amours est le poème de Suzanne qui éclot à la vie. A seize ans, Suzanne ne trouve du réconfort que dans les bras des hommes. Insaisissable, elle fuit au moment même où elle s’abandonne. Lorsqu’elle éprouve des sentiments, elle se refuse. Elle se protège, se cloître, se mure dans la fuite pour éviter que tout ne s’enlise. Tendre et rétive, elle est une caresse à la recherche de sa courbe.

Pialat accomplit ici un pur chef d’œuvre qui rencontre, une fois n’est pas coutume, le succès réuni du public, des critiques et de la famille du cinéma. A nos amours obtiendra le prix Louis Delluc en 1983 et le César du meilleur film en 1984. Mais Pialat n’en a cure car comme il le dira lui-même, son seul mérite fut d’avoir découvert Sandrine Bonnaire, dont la prestation éblouissante sera récompensée par le César de la meilleure actrice en 1984. Jeune inconnue, elle impose pourtant comme condition à sa participation au film la présence de Pialat à l’écran, et forme avec lui un couple père-fille dont les silences manifestent la plus intime compréhension. Du grand art…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s