Un mauvais fils, de Claude Sautet (1980)

ImageBruno Calgani (Patrick Dewaere), vient de passer cinq ans en prison aux Etats-Unis, pour avoir consommé de la drogue. A son retour en France, il découvre son père (Yves Robert), qui le rend responsable du suicide de sa mère, et une société maussade, où l’on ne se définit plus que par le travail.

Finis les doutes existentiels d’une bourgeoisie oisive, les velléités sentimentales de quadragénaires indécis, les grands week-ends entre amis à la campagne où les enfants hurlent leur insouciance heureuse. Sautet saute la barrière et nous immerge dans la France des cols bleus, des taiseux, des renfrognés meurtris par une vie harassante. Les Trente Glorieuses sont bien derrière. Une chape de silence recouvre les plaintes et étouffe les doutes. On y définit l’homme par ce qu’il fait, et surtout par ce qu’il a fait. Bruno, ex-drogué, ex-taulard, mais de bonne volonté ne parviendra pas à reconquérir l’estime de son père, chef de chantier. Car pour René, les frasques de son fils ont tué sa femme. La déambulation de cette existence hagarde, la vue de ce visage inquiet lui rappellent les affres d’un drame qu’il a vécu en solitaire. Le fils prodigue ne retrouvera jamais la bénédiction d’un père brisé, abandonné à sa besogne quotidienne, résigné à l’alcoolisme et honteux d’éprouver du plaisir dans les bras de Madeleine (Claire Maurier), l’ex meilleure amie de sa femme.

La relation père-fils est le fil directeur d’un film qui s’enrichit considérablement par les prestations de ses seconds rôles. Après avoir pointé aux aurores pour trouver du travail sur les chantiers, Bruno comprend qu’il doit quitter un milieu hanté par la présence de son père. Il trouve refuge dans la librairie de Dussart (Jacques Dufilho), homosexuel de 63 ans, où travaille déjà Catherine (Brigitte Fossey). Le calme de la librairie, l’optimisme et la gaieté de Dussart redonnent une raison d’espérer à Bruno, qui semble enfin trouver un équilibre. L’intimité qui nait avec Catherine ravive une douceur et une sensibilité étouffées par le sentiment de culpabilité qu’éprouve Bruno à l’égard de son père. Mais ce bonheur simple est de courte durée : Catherine, ex-toxicomane, replonge dans ses travers, et Bruno, coupable de l’avoir accompagné, en porte la responsabilité. Elle part, à sa demande, se faire désintoxiquer dans un centre spécialisé. Bruno, lui, a compris la leçon de Dussart : dans la vie « il n’y a pas de sortie, à part la fenêtre ! Sortir d’où, de quoi ? De soi, des autres, de la solitude, de la peur ?…Pour aller où ? ». Il n’y a pas d’excuses, pas de circonstances atténuantes. La drogue est une impasse, une fuite devant la prise de responsabilité. Bruno comprend qu’il doit affronter la vie avec courage et ne plus se dérober face aux difficultés…

Film poignant, simple, essentiel, Un mauvais fils annonce un Sautet plus grave, moins sociable, que l’on retrouvera dans Un cœur en hiver (1992) ou Nelly et M. Arnaud (1995). Le film peint avec une très grande acuité la relation d’un père et d’un fils qui sont étrangers l’un à l’autre, et dont le seul lien repose désormais dans les limbes. Sautet filme l’incommunicable, la vie faite prisonnière d’un passé irréversible, les silences lancinants et les sourires sincères. Patrick Dewaere et Yves Robert livrent une partition exceptionnelle d’intensité tout comme Jacques Dufilho, qui recevra le César du meilleur second rôle. Portraitiste génial, Sautet s’immisce discrètement dans une vie parmi tant d’autres et livre une œuvre cardinale pour saisir la France ouvrière du début des années 80.

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