Violence et Passion, de Luchino Visconti (1974)

Rome, années 70. Visconti nous emmène dans la demeure somptueuse d’un professeur d’Histoire de l’Art, incarné par Burt Lancaster. D’innombrables portraits du XVIIIème siècle peuplent la vie du vieil homme célibataire, qui a choisi de rejeter le monde pour se nourrir uniquement du silence de ses œuvres.

C’est cette tranquillité que viendra troubler une famille du monde. Une femme, la marquise Brumonti, a profité de la visite de deux marchands d’art pour s’introduire dans la maison et demander au Professeur de louer l’étage désaffecté de sa maison. L’insistance de la marquise a raison des réticences du Professeur, qui, choqué par la brutalité de ses manières, se laisse progressivement envahir. Surviennent alors Lietta, la fille de la marquise, Stefano, son fiancé et Konrad Huebel, l’amant de la Brumonti, qui ne tardent pas à s’installer.

Avec l’arrivée soudaine de cette famille recomposée, c’est l’entrée par effraction de la modernité dans la vie d’un homme qui la refuse et la rejette. Les mœurs dissolues, le vacarme incessant, l’égoïsme et l’extravagant sans gêne des jeunes locataires sidèrent le vieil homme qui ne peut rien répondre, dépassé par tant de vie. Ils abattent des cloisons, vitupèrent sans cesse et écoutent la musique si fort qu’il est impossible pour le professeur de se concentrer. Ils transforment avec fracas le monde qu’il se plaisait à contempler.

Visconti peint ici sa vision d’un monde nouveau qui envahit l’ancien, à bout de souffle. Le Prince Salina du Guépard a laissé place au professeur d’histoire de l’art, mais Violence et Passion nous livre le même message. Dans le Guépard, la vieille société aristocratique s’efface sous la République nouvelle. Ici, le vieux capitalisme bourgeois conservateur disparaît sous mai 68 et ses combats pour une liberté sans entraves, sans limite. Konrad, l’amant de la marquise, couche également avec sa fille, contracte des dettes de jeu, baigne dans le mensonge et vit d’opportunisme. Mais comme dans le Guépard, Visconti esquive la caricature. Si Tancrède (Alain Delon) incarne l’espoir d’une République énergique et droite, Konrad figure par sa sensibilité esthétique l’engagement pur et désintéressé contre le cynisme et l’exploitation de l’argent et la révolte contre le désenchantement du monde. En cela, il reproche au professeur sa retraite et accuse son refus de transmettre la beauté dont il jouit pour lui seul. Petit à petit, le professeur sort de son mutisme coupable et revient dans le monde.

Éblouissant testament d’un homme au crépuscule de sa vie, Violence et Passion est également une réflexion sur la famille. Le souvenir de sa mère et de sa femme (apparition furtive de Claudia Cardinale) hante le professeur, prisonnier de son paradis à jamais perdu. Mais, peu à peu, si étrange et si extravagante que soit cette famille qui trouble son sommeil en foulant son plafond, le vieil homme s’y attache et éprouve le désir de participer de leur univers. Il entretient avec Konrad une relation filiale et se retrouve séduit par la fraîcheur et la candeur de l’aimante Lietta. Le Professeur le confie d’ailleurs à la fin du film : il a adopté sa nouvelle famille, qui, malgré tous ses défauts, lui a redonné la saveur de la vie.

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