Le Rayon vert, d’Eric Rohmer (1986)

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Cinquième film de la série « Comédies et Proverbes », Le Rayon vert est une transposition du pari pascalien.

Delphine vit seule depuis deux ans, triste et recluse dans son intimité, mais farouchement attachée à sa vision romantique de l’amour. Ses amis ne comprennent pas sa volonté de ne pas forcer le cours des choses pour sortir de l’isolement dans lequel elle s’est murée depuis sa rupture. Ils l’invitent en vacances, lui arrangent des rencontres mais rien n’y fait. Delphine s’obstine à fuir la société et son regard inquisiteur.

Elle croit au grand amour, en un signe qui en manifesterait l’avènement, et refuse de se laisser entraîner dans le jeu de la société, qui la détourne de sa croyance. Lorsqu’elle s’enfuit en pleurs du simulacre de séduction qui s’est installé au bord de la plage, sur l’insistance de la suédoise, entre les deux filles et les deux locaux, Delphine rejette le divertissement. Elle refuse le détour, l’amusement, le masque qui l’écartent de ses plus intimes convictions. Car Delphine croit en la grâce et appelle sa manifestation de tout son être. Elle ne se prête pas aux distractions et vit sans fard, dans sa vérité fragile et nue, pour pouvoir être appelée. Blessée continuellement dans son amour propre par le regard des autres, qui ne voient dans sa quête qu’une chimère, elle est en proie aux doutes les plus affreux. Delphine est seule face à son Dieu avec ses larmes. Résistant dans un ultime effort aux tentations qui l’assaillent, fuyant les faux-semblants, elle prie de tout son coeur pour qu’advienne ce signe, cette épiphanie qui lui donnerait la force d’espérer.

C’est alors que survient le « rayon vert », dernier rayon du jour qui illumine la Terre et qui, selon une légende écossaise, permet de voir clair en son cœur et en celui des autres. L’amour est enfin là et Delphine n’est que joie.

Filmant de longues séquences sans enjeu dramatique précis, sans aucune continuité de lieu, Rohmer suit pas à pas son actrice principale, Delphine (magnifiquement interprétée par Marie Rivière), dans son rapport à soi, au monde et aux autres. Ecrit par ses acteurs tout au long du tournage, le scénario perd en rigueur ce qu’il gagne en fraîcheur et témoigne de l’attachement de Rohmer aux principes de la Nouvelle Vague.

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