Un singe en hiver, de Henri Verneuil (1962)

Image

Adaptation du roman homonyme d’Antoine Blondin, paru en 1959.

Albert Quentin (Jean Gabin) est un ivrogne. Il boit pour oublier son quotidien de tenancier d’hôtel, à Tigreville, pendant la seconde guerre mondiale. Chaque soir, dans la maison de passe qui surplombe la ville,  il redevient le quartier-maître Quentin des fusiller-marins qui ont servi en Chine. Mais la guerre fait rage et les bombardements terrorisent les habitants. Alors qu’une pluie d’obus s’abat sur la ville et menace les fondations de sa cave, Albert promet à sa Suzanne (Suzanne Flon) d’arrêter de boire.

La guerre est finie. Quinze ans plus tard, la rue du Maréchal Pétain a laissé place à celle du Général de Gaulle. Albert et Suzanne Quentin tiennent toujours l’hôtel Stella, et la vie n’a pas bougé, à ceci près que les bonbons ont remplacé les verres.

Un soir, cependant, débarque à l’auberge Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo), publicitaire venu à Tigreville pour récupérer sa fille Marie, pensionnaire dans un couvent aux marges de la ville. Après avoir posé ses valises, il fait halte au bar du coin, commence à enquiller les verres et finit par « foutre un bordel pas possible » dans la petite bourgade paisible. Il remémore aussitôt à Albert ses heures glorieuses sur le Mékong et entraîne le « vieux singe » à revivre son service militaire, au grand dam de sa femme.

Réalisé par Henri Verneuil, servi par Michel Audiard aux dialogues, Un singe en hiver signe la seule collaboration de Gabin et de Belmondo. Verneuil nous offre là une peinture de la droite populiste des campagnes, petite bourgeoise et conservatrice, tour à tour pétainiste puis gaulliste. Les habitants de Tigreville vivent au rythme des saisons et se retrouvent le soir, autour d’un verre, pour ne rien raconter. Mais la France d’après guerre n’est qu’un simple décor, l’essentiel est ailleurs. Un singe en hiver raconte l’histoire d’amour entre deux hommes et la dive bouteille. Deux êtres à la fois robustes et fragiles, nostalgiques d’un passé lointain, qui voient en l’éther un formidable transport vers un lieu sans frontière où règne la fraternité des hommes. En Chine ou en Espagne, Quentin et Fouquet se comprennent, déchaînent leur imagination et dessinent les contours de leur monde. L’un vit la guerre, poursuit les jaunes le fusil à la main et descend vigilant le Yang-tseu-kiang, au rythme des pagaies de sa jonque. L’autre, « l’Espagnol », agite ses claquettes au son des syncopes ibères, esquive les puissants taureaux avec sa muleta et respire l’odeur du « soleil de Madrid ». L’alcool délivre du silence ces deux magnifiques taiseux qui abhorrent la jactance des médiocres. « Grands ducs », n’ayant « pas le vin petit ni la cuite mesquine », ils méprisent les « bois sans soif » qui leur reprochent de se prendre pour « Dieu le Père » à la moindre descente.

Du Audiard millésimé.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s